Textes à méditer

Aelred de Rievaulx
L’amour

L’amour : il n’y a pas de mot plus doux à entendre, plus délicieux à redire parmi les humains. Ô s’ils savaient, ceux qui parlent tant d’amour, s’ils savaient ce qu’est cet amour-ci, combien il est doux, profitable, délectable, ils regarderaient certainement comme vil et vulgaire cet amour-là, qui assurément n’en est pas un parce que celui-ci seul est amour, amour véritable.
C’est cet amour qui maintient le ciel, où sont les anges, les archanges, les principautés et les puissances, les trônes et les dominations, selon leurs rangs, leurs places, leurs mérites, leurs ministères. Cet unique amour les rassemble tous, les unit tous, les remplit tous et, malgré la diversité de leurs rangs, de leurs ministères, de leurs mérites, il les garde tous en une sorte de paix, d’unité, de concorde des esprits. C’est cet amour qui soutient et maintient toute créature n’y laissant rien de déréglé, rien de désordonné, rien qui soit hors d’une certaine alliance de paix.
Le feu est brûlant et l’eau est froide, l’air est lumineux et la terre est obscure. Ces éléments si contraires, cet amour les réunit et les allie en toute créature physique, si bien que non seulement leur assemblage n’a rien de disparate, mais aussi que leur disjonction entraînerait la décomposition de l’ensemble. Grâce à cet amour actif et englobant, les plantes, les arbres, les fruits et les semences, absolument toute créature, aussi bien corporelle que spirituelle, persiste dans ce qui fait sa nature propre, conservant l’origine, la place, la mesure et la finalité que la caractérisent.
Cet amour n’est rien d’autre que la bonté de Dieu, sa bienveillance ou sa charité qu’est Dieu.

Sermon 68 pour la Pentecôte



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