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« Elargis ton cœur ! »
Tu es invité au cœur d’une rencontre, d’une conversation où une sœur interroge une personne de passage à l’abbaye sur sa façon de vivre la foi, de témoigner de l’amour du Christ et de l’Eglise dans sa vie quotidienne.


Aujourd’hui, je rencontre Antoine


Sœur Marie-Benoît : Bonjour Antoine, peux-tu te présenter à nos jeunes internautes ?

Antoine : Bonjour ma sœur ! J’ai 25 ans, et j’ai effectué des études de philosophie jusqu’en master 2 (à l’IPC et à la Sorbonne), ainsi qu’une école de commerce. Aujourd’hui je suis responsable de la communication chez Divine Box, une start-up qui propose des box mensuelles de produits d’abbayes. J’aimerais à terme enseigner la philosophie et essayer de passer l’agrégation, pour pouvoir partager cette passion auprès des autres !

Sœur Marie-Benoît : L’amitié a-t-elle une place importante dans ta vie ? Peux-tu dire ce qu’est l’amitié ?

Antoine : Oui, évidemment l’amitié, le fait de s’entourer de personnes qu’on aime et qui nous aiment, est essentiel dans ma vie. Personne ne peut vivre et être heureux sans construire des relations. Comme le disait Aristote, l’homme qui vit sans amis est soit un dieu, soit une bête. Les moines vivent bien en communauté. Et même l’ermite se dit « l’ami de Dieu » !
J’aime beaucoup la définition d’Aristote justement, qui définit l’amitié comme une relation de bienveillance. Être l’ami véritable de quelqu’un, c’est vouloir son bien. C’est l’aider à être heureux. Lui apporter ce qui lui convient et le fait grandir véritablement. On sort alors des relations d’intérêts et d’égoïsme, car on s’oublie pour se tourner vers l’autre.

Sœur Marie-Benoît : Y a-t-il un épisode dans l’Évangile que tu aimes ? Peux-tu nous en dire quelques mots ?

Antoine : Il y a beaucoup de passages que j’apprécie beaucoup dans l’Évangile, et qui m’aident dans la vie quotidienne. Si je devais en choisir un qui m’inspire particulièrement en ce moment, c’est lorsque Jésus explique à ses disciples que Dieu veille à chaque lys des champs, à chaque passereau, et que chaque cheveu de notre tête est compté. En bref, qu’il ne faut pas s’inquiéter de notre avenir, et qu’il faut donc premièrement chercher le royaume - c’est-à-dire chercher à se donner - car Dieu veille comme un père sur nous (et même plus qu’un père, car quel père connaît le nombre de cheveux de ses enfants ?!). Si l’on se donne véritablement autour de nous, alors tout ce dont nous avons besoin nous sera accordé de surcroît. Je trouve cette vision extrêmement positive et apaisante. Car elle justifie le fait que se donner n’est pas un oubli morbide de soi. Cela nous accomplit.

Sœur Marie-Benoît : Qu’est-ce que tu vois de beau à l’œuvre dans l’Église ?
Antoine
: Je dirais surtout l’action de l’Esprit-Saint chez les jeunes. Pour renouveler l’Église. J’ai l’impression qu’aujourd’hui les jeunes catholiques le sont beaucoup plus par choix, plutôt que par simple tradition et coutume. J’ai l’impression que depuis Jean-Paul II, on assiste à un renouveau spirituel et intellectuel auprès des jeunes. Les jeunes catholiques se forment plus, spirituellement et intellectuellement, que les jeunes des générations précédentes. Il n’y a qu’à voir la création des JMJ, ou d’Even (dans les grandes villes), ou encore la multiplication des aumôneries et des pèlerinages de jeunes. Je constate que la plupart des jeunes catholiques cherchent à lire la Bible, à participer à des retraites, à des sessions de théologies. Ce qui semble évident aujourd’hui, mais qui me semble avoir été plus rare du temps de mes parents et encore plus de mes grands-parents. Chez ces générations, le poids de la tradition et de la culture catholique était encore très fort, si bien que le besoin et l’exigence de formation était moindre. Aujourd’hui, nous vivons dans une société tellement déchristianisée, que se dire catholique ne suffit plus. Il faut être capable de rendre raison de sa foi, ce qui implique de se remettre en question et de se former.

Sœur Marie-Benoît : Qu’est-ce que tu vois de beau à l’œuvre dans le monde ?

Antoine : Je dirais que c’est ce qu’on appelle « le retour de la spiritualité ». C’est-à-dire le fait que pendant des décennies, la religion et la spiritualité, bref la soif de sens et de transcendance ont été évacuées dans beaucoup de sociétés, et par beaucoup de totalitarismes. Mais l’homme reste l’homme, et il ne peut écarter les questions existentielles et la soif d’amour qui le traversent.
Je dirais aussi que le déploiement récent d’internet et des communications, malgré les inévitables difficultés qui les accompagnent, permet pour la première fois dans l’histoire de l’humanité de créer des ponts autrefois infranchissables. Je peux rester chez moi mais discuter avec quelqu’un qui est à l’autre bout du monde, partager sa vie et lui la mienne. Je peux aussi tout simplement regarder des documentaires historiques, ou découvrir une autre culture ou une autre civilisation très facilement à l’aide d’images et de vidéos, tout en restant chez moi !
Sœur Marie-Benoît
 : Qu’est-ce qui te paraît important de dire à des jeunes en recherche de sens ?

Antoine : Ne pas abandonner cette recherche de sens. Ne pas hésiter à questionner le réel, à chercher la vérité. Qui cherche sincèrement la vérité finit toujours par la trouver. Jésus dit lui-même que « celui qui cherche trouve », que « si l’on frappe, on nous ouvrira ». Et la vérité rend libre. C’est un chemin exigeant, qui demande souvent de se remettre en cause, d’abandonner des conceptions toutes faites, des aprioris, mais c’est un chemin passionnant. Pour cela il faut être curieux, et s’entourer des bonnes personnes, de bons amis.
Sœur Marie-Benoît : Quelle est ta recette du bonheur ?

Antoine : Je ne prétends pas avoir LA recette ! En tous cas je pense que le bonheur est indissociable de la simplicité. Vivre simplement, savoir se contenter de ce que l’on a, du moment présent, sans penser sans arrêt à l’avenir, ni ressasser le passé. Cela évacue le ressentiment, les jalousies, les inquiétudes et la culpabilité. Beaucoup de vies témoignent que l’on peut vivre heureux sans avoir grand-chose, en vivant simplement intensément l’instant présent !
Je pense que le bonheur est beaucoup plus une attitude d’esprit (positive) face au monde et à ses évènements, et donc quelque chose qui dépend de notre volonté, quelque chose que l’on obtient activement de l’intérieur - plutôt que quelque chose qu’il faudrait attendre passivement de l’extérieur. C’est en ce sens que je comprends la phrase du Christ « à celui qui a, on lui donnera encore, mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé » : être dans une attitude positive de louange nous permet de nous rendre compte de tout ce que nous avons (déjà) reçus, et nous dispose à recevoir davantage. Au contraire, se plaindre sans cesse de sa situation, tout en attendant que les choses s’améliorent d’elles-mêmes, nous fait sombrer dans une spirale pessimiste sans fin.

Sœur Marie-Benoît : Quelle parole de sagesse ou autre, souhaites-tu partager à nos internautes ?

Antoine : C’est sans doute à cause de mon tempérament « philosophe », mais il y a une parole de Blaise Pascal que j’aime beaucoup, qui dit (face à l’univers) : « le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. » Pour ma part, je ne dirais pas « m’effraie », mais plutôt « me fascine. » Je trouve que cette phrase résume en elle-même tous les questionnements que l’on peut avoir sur la vie : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi la vie existe-t-elle ? Pourquoi est-ce que j’existe ? Pourquoi moi et pas un autre ? Il y a dans l’univers des millions de planètes à la surface desquelles il ne se passe rien. Pas de vent qui balaye les feuilles d’un arbre, pas de ruisseau qui se faufile entre des rochers, pas d’oiseau en train de chanter. Non, pas un mouvement, juste du silence. Et il en est ainsi depuis - et encore pour - des milliards d’années. Alors pourquoi, sur ce minuscule point de l’univers (notre Terre), perdu dans l’immensité de l’univers, y a-t-il un fourmillement de vie, des rires, des danses, des rencontres, des histoires, des aventures ? Face à cela, je ne vois que deux postures : considérer que toute cette beauté est d’une absurdité totale. Ou bien, comme la foi nous y invite, considérer que tout cela ne peut paraître absurde, car c’est le fruit d’un amour créateur libre et débordant, le fruit d’une gratuité inouïe, un cadeau. C’est ce que je pense.