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« Elargis ton cœur ! »
Tu es invité au cœur d’une rencontre, d’une conversation où une sœur interroge une personne de passage à l’abbaye sur sa façon de vivre la foi, de témoigner de l’amour du Christ et de l’Eglise dans sa vie quotidienne.


Aujourd’hui, je rencontre Nathalie


Sœur Marie-Benoît : Bonjour Nathalie, peux-tu te présenter à nos jeunes internautes ?

Nathalie : Avant tout, je te remercie de m’inviter dans cette rubrique. Cela me ramène des années en arrière, quand je t’ai rencontrée lors de ton noviciat. Tu étais encore étudiante ! Je me réjouis de voir qu’aujourd’hui, c’est toi qui t’adresses aux jeunes…

Ceci étant, parler de moi n’est pas l’exercice que je préfère, étant plutôt habituée à poser les questions ! Je suis en effet journaliste depuis trente ans déjà (ce qui donne une petite idée de mon âge). Ma spécialité ? Le patrimoine et la découverte, en essayant de montrer les richesses de notre région, hors des sentiers battus

Sœur Marie-Benoît : Tu es engagée dans une fraternité laïque. Peux-tu nous dire quelques mots sur cette école de l’évangile ? Quel « plus » cela apporte-t-il dans ta vie de tous les jours ?

Nathalie : Je suis effectivement « laïc consacrée » dans la Société des Filles de Saint François de Sales. C’est une association qui a été fondée en 1872 pour aider les femmes à vivre l’évangile selon les préceptes de François de Sales, évêque de Genève et docteur de l’Eglise qui, dès le XVIème siècle, prônait la sainteté en plein monde. « Fleurissez là où Dieu vous a planté », disait-il à ses disciples. L’association propose une solide formation avec une méthode originale, celle des probations. Trois fois par an, nous méditons un thème comme la charité, l’humilité ou la simplicité, en nous efforçant de l’appliquer au quotidien. Ensuite, nous nous réunissons en petits groupes pour partager les textes et nos expériences. L’idée, c’est de cheminer ensemble, de « s’assurer et secourir, parmi tant de mauvais passages qu’il faut franchir », comme nous le dit encore Saint François de Sales. En fait, c’est une famille spirituelle internationale et je m’y sens vraiment bien, comme dans une famille, une communauté fraternelle qui me permet de me sentir moins seule dans un monde où il n’est pas toujours évident de vivre sa foi.

Sœur Marie-Benoît : L’amitié a-t-elle une place importante dans ta vie ? Peux-tu dire ce qu’est l’amitié ?

Nathalie : On dit que l’on reconnait ses vrais amis dans la difficulté. J’ai eu l’occasion de l’expérimenter sans être déçue, bien au contraire. Merci mon Dieu ! J’ai la chance d’avoir un frère et mes amies sont comme les sœurs que je n’ai pas eues. Je connais l’une d’elles depuis 35 ans… Et ce que j’aime dans l’amitié fidèle, c’est qu’elle est respectueuse, désintéressée, bienveillante. C’est un merveilleux cadeau de la vie dont on ne parle pas assez, comme si l’amitié était moins noble, moins forte que la relation amoureuse par exemple. Certes, l’amitié est plus discrète, moins tapageuse, mais c’est à mon avis l’un des plus beaux sentiments. C’est une grande source de paix, de compréhension et de réconfort.

Sœur Marie-Benoît : Tu rayonnes toujours de joie et de vitalité. D’où vient ce feu intérieur qui transparait dans ta vie et comment entretiens-tu ce feu de vie ?

Nathalie : Quelle belle question ! Sans doute par ce qu’elle est posée avec les yeux de… l’amitié. A vrai dire, je n’ai pas vraiment conscience de ce que tu vois en moi. Cela me touche beaucoup. Je répondrais spontanément : mon fils, ma famille, mes amies (encore elles), la grâce d’exercer un métier qui me passionne, un élan et un enthousiasme qui me poussent constamment à m’intéresser aux autres.

Mais au-delà de toutes ces raisons, je peux te confier la réponse qui contient toutes les autres. Il y a quelques années, j’ai vécu une grande épreuve. Comme un fracas. Et c’est là, dans cette détresse, que j’ai fait l’expérience de la Miséricorde. Jusque-là, c’était un mot abstrait, que je ne comprenais pas vraiment. Cet Amour inconditionnel de Dieu, cette Lumière, qui nous sont donnés sans aucun mérite de notre part, qui viennent nous relever au creux de nos plus grandes faiblesses… C’est indicible, mais inscrit pour toujours dans mon cœur et dans mon âme. Jamais je n’oublierai ce que le Seigneur a fait pour moi. Cet épisode a radicalement transformé ma vie. Il n’y a pas de hasard : c’est à cette époque que j’ai découvert l’existence des Filles de Saint François de Sales et que j’ai souhaité faire ma consécration, ce qui correspond au renouvellement conscient de notre baptême.

Sœur Marie-Benoît : Y a-t-il un épisode dans l’Évangile que tu aimes ?

Nathalie : D’une façon générale, j’aime l’attitude de Jésus vis-à-vis des femmes. Il les écoute, les respecte, qu’il s’agisse de la Samaritaine ou de la femme adultère. Et tout cela dans une société patriarcale ! Son message d’amour est bouleversant puisqu’il va au-delà de toutes nos compréhensions, de tous nos préjugés, de toutes nos conventions sociales.

C’est aussi une femme qui, la première, découvre le tombeau vide. Ce passage m’émeut particulièrement car, au fond, c’est là que tout commence, au matin de Pâques. Marie-Madeleine est celle qui va courir annoncer aux apôtres la bonne nouvelle de la Résurrection. Le moment où elle reconnait Jésus est tout simplement… éblouissant !

Sœur Marie-Benoît : Qu’est-ce que tu vois de beau à l’œuvre dans l’Église?

Nathalie : L’engagement des jeunes. Certes, les vocations sont moins nombreuses mais elles en sont d’autant plus précieuses. Quand je vois un jeune prêtre, une jeune religieuse… Je me dis que chacun d’eux est comme une bougie allumée. Parfois, quand je me réveille, je pense aux offices de la nuit. Sur tous les continents, à chaque seconde, il y a des communautés qui prient pour le monde, pour la paix, pour l’amour… Ce sont des sentinelles, des petites lumières dans nos obscurités.

Sœur Marie-Benoît : Qu’est-ce que tu vois de beau à l’œuvre dans le monde ?

Nathalie : Dans mon métier, j’aime parler des gens ordinaires qui ont tout d’extraordinaire. Sans faire de bruit, souvent discrètement, ils font du bien à la planète, notamment dans le domaine de l’environnement. Je pense à cette famille (presque) zéro déchet qui veut inventer un autre mode de consommation ou à ce viticulteur qui favorise la biodiversité pour respecter sa terre. Ce sont là des exemples qui montrent que d’autres voies sont possibles. Toutes ces initiatives sont des gouttes d’eau mais peu à peu, elles peuvent contribuer à faire évoluer les mentalités et à changer les comportements.

Sœur Marie-Benoît : Qu’est-ce qui te paraît important de dire à des jeunes en recherche de sens ?

Nathalie : En rencontrant beaucoup de personnes très différentes -en apparence-, j’ai découvert que peu importe l’activité que nous exerçons. Ce qui compte, c’est la façon dont nous l’accomplissons. Car quoi que nous fassions, dans notre vie privée ou dans notre vie sociale, l’important, c’est d’y mettre des convictions et des valeurs qui nous animent et nous transcendent.

Ce qui me semble important pour un jeune, c’est qu’il découvre ses talents et qu’il les exploite. Il n’y a pas une personne sur terre qui en soit dépourvus. Le tout est de ne pas rester aveugle à soi-même, d’essayer de réaliser ses rêves et de trouver ce pour quoi l’on est fait.

Sœur Marie-Benoît : Quelle est ta recette du bonheur?

Nathalie : Je crois que nous sommes plus ou moins disposés à accueillir le bonheur. Il suffit de se souvenir de la joie dont témoignait Sœur Emmanuelle dans les bidonvilles. Les gens qu’elle croisait n’avaient aucune richesse mais vivaient de fraternité. Le bonheur c’est d’être entouré, d’aimer et d’être aimé. Donner pour tout donner ! La vie peut être difficile, alors il ne faut pas manquer une occasion de reconnaitre le bonheur dans les choses les plus simples sans se laisser parasiter par le pessimisme et la morosité.

Sœur Marie-Benoît : Quelle parole de sagesse ou autre, souhaites-tu partager à nos internautes ?

Nathalie : Il y a deux phrases que j’aime beaucoup, dans deux registres différents...

La première est signée Sainte Claire d’Assises qui dit :

«Ce que tu fais, fais-le bien, ne regarde jamais en arrière, hâte-toi au contraire, va confiante, allègre, joyeuse, sans achopper aux pierres du chemin… ».

La deuxième est extraite d’une chanson de France Gall qui m’accompagne depuis l’adolescence :

« Va, cherche ton bonheur partout, refuse ce monde égoïste, résiste ! ».

En fait, les deux citations se rejoignent ! Elles sont un appel à la fois combatif et joyeux à vivre pleinement sa vie !