Christian de Chergé
L’homme de Pâques doit avoir les mains transpercées

ALLELUIA !

C’est la joie, enfin, comme un grand débordement. Tout un foisonnement de dons et de signes et de symboles qui célèbrent la richesse de notre Dieu, et notre vocation à cet héritage somptueux. Dans le Christ ressuscité, tout est à nous, sur la terre comme au ciel. En Lui le Père nous a TOUT donné… Et nous voici prêts à TOUT prendre !
Ces humbles choses de notre quotidien : l’eau, le feu, le pain, la parole même. Happées au passage, elles ne sont plus que des signes, des sacrements. Ailleurs est leur réalité. Jésus les a ressaisies, et il nous les redonne, à condition que nous nous laissions déposséder de leur attrait pour n’y plus découvrir qu’un appel à une autre richesse de vie : « Recherchez les choses d’en-Haut ! ».
Pâques, c’est la grande célébration du sens caché des choses de Dieu. La création toute entière s’éveille à la vie de Dieu qui couvait en son sein. Dans cet immense enfantement qui commence, il lui faut abandonner tout ce qu’elle a pour découvrir enfin ce qu’elle est. En se laissant façonner comme à nouveau, à l’ombre de l’Esprit Saint, mieux encore qu’aux jours de la genèse.
Car le grand artisan de cette révolution, c’est l’ESPRIT dont la joie propre est de n’avoir rien en propre, de n’être que DON gratuit en totale dépendance de qui l’accueille :
à la façon du FEU qui attend notre combustible pour se communiquer ;
à la façon de l’EAU qui cherche en nous un canal où circuler.
Les pauvres le savent : parce qu’ils n’ont rien, ils sont disponibles à la grâce qui passe.
L’homme de Pâques doit avoir les mains transpercées. Alors, il laisse voir que le Royaume est là, en lui.


in L’invincible espérance, homélie pour la vigile pascale, 15 avril 1995, à Fès.