Saint Raphaël Arnaiz Baron (1911-1938)
Le joyeux Noël d’un novice


Noël ! Fête du ciel, fête dans l’âme, fête dans la famille ! La fête des fêtes peut être célébrée de plusieurs manières… De beaucoup de manières, on peut attendre Dieu qui va naître parmi les hommes. De beaucoup de manières, le monde célèbre l’évènement de la venue de Dieu. C’est la première fois, en mes 25 ans, que je ne suis pas chez mes parents pour la Noël. Je la célèbrerai cette année dans une Trappe, de manière très différente des autres. Je ne sais si ce sera meilleur ou pire, je sais seulement que ce sera avec plus d’austérité et un plus grand recueillement.
Noël à la Trappe ! Joie dans la liturgie, espérance dans les chants de l’Eglise, hymnes qui parlent d’amour, et douceur dans le cœur en se rappelant, dans le silence du temple, l’humilité de Marie, la chasteté de Joseph, et l’amour de Dieu. Mélange harmonieux de mélodies d’anges et cantiques de bergers… Noël à la Trappe ! Encens et myrrhe offerts par des âmes qui font glisser leur vie dans l’offrande divine ; or des sacrifices… Ni tintamarre, ni agitations extérieures, ni musiques, ni tambours… Noël à la Trappe ! Adoration en silence, un cœur détaché de la terre et mis aux pieds de Jésus dans la crèche.
Journées douces et sereines ; jours de calme et de paix ; journées pendant lesquelles l’âme s’envole sur les champs de la Judée, rêve de gloires infinies et s’abîme en contemplant la bonté sans mesure et l’amour de Dieu pour l’homme son incarnation en Marie, sa nudité et son froid, qui cachent humblement sa Majesté plus grande que les cieux.
Le trappiste, en ces jours, ne veut pas de bruit. Il n’a pas besoin de fête mondaine pour glorifier le Nouveau-né. La fête, la joie, les musiques et les roulements de tambour, il les porte dans son cœur énamouré de Jésus, dans son silence joyeux, dans un cantique intérieur, dans un amour silencieux et muet. Il médite, en ces jours, le grand mystère de sa religion, et là, très au fond de son âme, il se réjouit dans les consolations que Jésus-Enfant lui offre à travers les Saintes Ecritures. Il médite, dans la sérénité et la paix, les psaumes, les hymnes et tout l’arsenal liturgique dont l’Eglise dispose en ces jours. On n’a pas besoin de bruit pour aimer Dieu… Evidemment, il y aura des moments où le cœur se souviendra de ces tendresses dans le monde, des jours heureux passés, de la chaleur du foyer, dans les rires enfantins… Que nous importe ! Le monde est très petit, et Dieu est si grand, qu’il ne peut pas le contenir, mais qu’importe ! Dieu se fait petit pour sauver l’homme… Devant la pensée d’un Dieu fait homme, devant la grandeur et l’immensité, l’âme s’élargit. On oublie la peine, et la voix du Christ qui, douce, m’invite, parle d’amour et fait oublier.
Aujourd’hui, pendant l’oraison, un petit moine, pensant à tout ceci et regardant autour de lui, n’a rien pu faire d’autre que de fermer les yeux en voyant que dans le monde rien ne demeure, tout est vanité… Oubliant ses propres sentiments et ses propres chagrins, il éleva le regard vers le ciel et entendit clairement en son âme : « Frère, frère, aime le Christ ! Le reste, que t’importe ! »